Le Bistrot de Breteuil
"Bistrot, mon œil" persiflait en substance et gentiment Le Petit Lebey des Bistrots Parisiens millésimé 2003... évoquant plutôt une brasserie cossue, toujours d'actu', et son ample et replète terrasse flirtant avec les 100 couverts, le tout stratégiquement vissé sur une place de beau diamètre. A l'époque, pas si lointaine, elle faisait un tabac d'enfer avec sa carte-menu, vin et café compris, à 29 euros, formule low-cost dupliquée en cinq autres établissements aux destinées qui furent diverses. Présentement, on y retrouve ce qui fait le sel du genre, brassage de clientèle, service actif et millimétré, indispensable semainier, propositions attendues (œuf mayo poutargue, huîtres, pavé d'Angus béarnaise, côtes d'agneau haricots verts, turbot sauce hollandaise, île flottante....), lestées d'exotisme passé dans le langage culinaire commun, houmous et pois chiches, tarama et tzatziki, chili con carne, riz sauté au poulet façon thaï, tataki de thon et choux vinaigrés, churros croustillants sauce chocolat... En travaux pratiques, cela donne des calamars frits (bonne panure) en extinction d'iode mais mayo percutante car pimentée; un poulet au vin jaune, volaille extraordinaire de qualité sur laquelle on aurait du verser une rasade en sus de savagnin, avec des morilles en strass et de bonne frites maison qui évitent heureusement l'imbécillité ambiante des "frites à la peau" ; et un duo de sorbets Berthillon histoire de renouer avec un dessert madeleine. Bref, un parcours plus sécurisé qu'extatique, ce que l'on attend d'une brasserie qui a en outre le bon goût de conserver des horaires élargis (8h-22h, voire 23h en été) et de tenir en laisse ses additions (hors spécialités), grâce à un large choix d'entrées-plats-desserts pour 45 euros. Gilles Dupuis
Calamars frits mayonnaise épicée ; poulet au vin jaune, morilles, frites maison ; sorbets Berthillon
